La première enquête (background de la pièce "Le Complice")
Le duo criminel
Big Max
Ancien officier de Saint-Cyr et ancien artificier de l'armée, Big Max est le cerveau de toute l'opération.
Il choisit les cibles. Il construit leur portée symbolique.Il planifie chaque attentat.
Il fabrique les explosifs.Il ne se considère jamais comme un meurtrier.
À ses yeux, il est un jardinier qui taille une société devenue malade.
Il parle presque exclusivement à travers un vocabulaire végétal : les arbres, les racines, les forêts, les branches.
Il est également profondément mégalomane. Il souhaite que son œuvre traverse l'Histoire.
J. Casanaga
Au moment de la première enquête, J. Casanaga est un simple gardien de la paix.
Ni inspecteur. Ni enquêteur prestigieux.Un policier de terrain, discret, presque invisible.
C'est précisément cette banalité qui fait sa force.
Il connaît parfaitement :
-
les procédures policières ;
-
les horaires des patrouilles ;
-
les habitudes de ses collègues ;
-
les moyens de communication ;
-
les réactions habituelles des enquêteurs.
Big Max possède la vision.
Casanaga possède l'accès.
Le premier pense.
Le second rend les plans réalisables.
Ils sont les deux colonnes d'un même édifice.
Leur rencontre
Quelques années avant les attentats. Une usine de Poolaland est placée sous surveillance après la découverte de déchets industriels suspects.
J. Casanaga est affecté à une mission particulièrement monotone : surveiller l'entrée du site.
Big Max, ayant quitté l'armée, intervient comme consultant afin d'analyser des déchets pouvant contenir d'anciens composants explosifs.
Au début, ils discutent simplement pour tuer le temps. Puis leurs conversations deviennent quotidiennes.
Ils parlent :de l'armée ; de la police ; de l'industrie ; des usines qui ferment ; des ouvriers oubliés ; des responsables qui ne sont jamais inquiétés.
Big Max ne cherche jamais à convaincre. Il écoute.
Et c'est probablement la première fois que Casanaga a le sentiment qu'on considère réellement son intelligence.
Un jour, Casanaga contemple l'usine.
« Dans six mois, tout ça sera fermé. »
Big Max répond calmement :
« Non. »
Silence.
« Dans six mois, tout ça existera encore.
Ce qui aura disparu, ce sont les hommes qui lui donnaient un sens. »
Ce jour-là, leur amitié commence réellement.
Le modus operandi
Le duo fonctionne toujours selon la même logique.
Big Max identifie une cible symbolique.Il prépare toute l'opération.
Pendant ce temps, Casanaga exploite sa position de policier pour limiter les risques :
-
il connaît les habitudes des services ;
-
il sait comment seront organisés les barrages ;
-
il anticipe les réactions de la police ;
-
il peut parfois orienter discrètement certains dispositifs.
Leur véhicule est un banal camion frigorifique blanc. Rien de remarquable.
Des dizaines circulent chaque jour dans Poolaland. Le camion devient leur base mobile.
C'est un élément que plusieurs témoins aperçoivent sans jamais le remarquer réellement.
Après certains assassinats, les victimes sont déplacées avant d'être découvertes.
Ces incohérences intriguent Tony mais ne suffisent jamais à convaincre les autres enquêteurs.
Le quatrième attentat
Après trois attaques, Tony cesse de chercher un homme.
Il cherche une logique. Il aligne les trois premières victimes.
Nature.
Élites.
Travail.
Puis il comprend.
Il manque un dernier symbole.
L'État.
Au même moment, Poolaland prépare la Journée de la Reconstruction.
Une cérémonie officielle organisée exceptionnellement à la Préfecture réunit :
-
le Préfet ;
-
le Maire ;
-
les grands industriels ;
-
les représentants économiques ;
-
les médias.
Tous les symboles que Big Max déteste seront réunis au même endroit.
La Préfecture est évacuée discrètement. Les policiers se cachent à l'intérieur. Lorsque Big Max arrive, persuadé que son plan est parfait...
Le bâtiment est vide. Pour la première fois depuis le début de sa campagne, c'est lui qui tombe dans un piège. Après une confrontation avec Tony, il est arrêté.
Pendant ce temps...
J. Casanaga participe lui-même au dispositif policier. En uniforme.Il aide à sécuriser les lieux. Personne n'imagine que le complice se trouve déjà au milieu des policiers.
Pourquoi Tony croit à l'existence d'un complice
Après l'arrestation de Big Max, personne ne partage son intuition.
Pourtant, quatre éléments continuent de le hanter.
1. Les fuites
Tout au long de l'enquête, des informations connues uniquement de la police semblent systématiquement exploitées.
Les barrages sont évités.
Les interventions arrivent trop tard.
Les dispositifs semblent connus d'avance.
Tony ne peut rien démontrer.
Mais il ressent une cohérence.
« Quelqu'un connaît notre manière de travailler. »
Macair refuse cette hypothèse.
Pour lui, il ne s'agit que de coïncidences.
2. Le camion
Après l'arrestation de Big Max, une question demeure.
Où est passé le camion frigorifique ?
Impossible qu'un homme menotté l'ait fait disparaître.
Tony affirme immédiatement :
« Quelqu'un est venu le récupérer. »
Quelques jours plus tard, le véhicule est retrouvé.
Nettoyé. Vidé. Inexploitable.
Macair pense que Big Max avait prévu cette éventualité.
Tony y voit au contraire l'intervention d'une seconde personne.
3. Les derniers mots de Big Max
Alors que Tony lui passe les menottes, Big Max le fixe calmement.
Puis dit :
« Vous croyez vraiment avoir arrêté une idée en passant des menottes à un homme ? »
Les policiers y voient une déclaration idéologique.
Tony, lui, ne sait pas pourquoi...
Mais il entend autre chose.
Comme si Big Max parlait d'une présence toujours libre.
À partir de cet instant, sa conviction est absolue.
Il existe un complice.
Il ignore son identité.
Il ignore son rôle exact.
Mais il sait qu'un homme est toujours en liberté.
La rupture entre Tony et Macair
Les attentats cessent.
La ville célèbre une victoire.
Macair estime l'affaire terminée.
Tony refuse de classer le dossier.
Les disputes deviennent de plus en plus violentes.
Un soir, dans le bureau du commissaire :
Tony :
« Tu refuses d'admettre qu'il est encore dehors. »
Silence.
« Parce que tu as eu de la chance.
Moi non. »
Macair serre les poings.
Macair :
« Sarah est morte à cause de Big Max.
Pas à cause d'un fantôme que tu refuses d'abandonner. »
Tony répond calmement :
« Ce n'est pas un fantôme.
C'est un homme.
Et un jour il recommencera. »
Macair le frappe.
Leur amitié s'effondre définitivement.
Deux ans plus tard, Tony est renvoyé de la police.
Ce que personne ne sait
Pendant dix ans, J. Casanaga continue sa vie.
Il devient gardien de prison.
Il reste irréprochable.
Son nom figure dans plusieurs rapports de la première enquête.
Jamais au centre.
Toujours en périphérie.
Comme un visage que tout le monde a vu...
Sans jamais vraiment le regarder.
Lorsque la seconde série d'attentats commence avec l'assassinat de Laurent Pasquier Junior, une seule personne comprend immédiatement ce que cela signifie.
Tony Harrington.
Depuis dix ans, il n'attendait pas le retour de Big Max.
Il attendait l'homme que Big Max avait laissé derrière lui.
POOLALAND — Les quatre attentats de Big Max (version figée)
Philosophie générale
Big Max ne choisit jamais ses victimes au hasard.
Il ne tue pas des personnes. Il tue des symboles.
À ses yeux, chaque attentat est un chapitre d'un même discours.
La campagne terroriste suit une progression précise :
-
La Nature.
-
Les Élites.
-
Le Travail.
-
L'État.
Chaque attentat est conçu comme un message adressé à toute la ville.
Attentat n°1 — La Montagne
Cible
Laurent Pasquier Senior.
Président-directeur général de Pasquier Construction.
Lieu
Quartier Central des Affaires (Quartier de la bourse)
Dans les bureaux du groupe Pasquier.
Motivation
Pasquier Construction vient d'obtenir un immense projet immobilier sur les hauteurs sauvages qui dominent Poolaland.
Pour Big Max, cette montagne représente l'un des derniers espaces préservés de la ville.
Il considère que Pasquier ne construit pas un quartier.
Il détruit un paysage.
Lors d'une conversation avec Casanaga, il dira :
« Les hommes pensant bâtir des villes oublient qu'ils détruisent une montagne. »
Déroulement
Laurent Pasquier Senior est assassiné.
Son corps est utilisé pour dissimuler un explosif.
Quelques instants plus tard...
L'explosion détruit une partie des bureaux.
Le PDG, plusieurs employés et des visiteurs trouvent la mort.
Toute la ville découvre alors la signature de Big Max.
Ce que comprend Tony
Big Max ne cherche pas la célébrité.
Il choisit une cible qui représente une idée.
Attentat n°2 — Le Restaurant des Batônnets
Cible
Le véritable symbole visé est l'élite économique.
Lieu
Un restaurant gastronomique des Batônnets.
Situé juste en face du grand Aquarium.
Les personnes présentes
Sarah Harrington. Laurine Macair.
Les deux femmes déjeunent ensemble.
Au cours du repas...Laurine reçoit un appel. Son fils est malade à l'école.
Elle quitte précipitamment le restaurant. Sarah reste seule.
Déroulement
Big Max assassine Sarah.
Son corps devient le support de l'explosif.
L'explosion détruit le restaurant. Elle provoque également une fissure dans la paroi de l'Aquarium. Des milliers de mètres cubes d'eau se déversent dans le canal reliant l'Aquarium à la mer. Un grand requin blanc s'échappe.
Dix ans plus tard, il est devenu une véritable légende urbaine de Poolaland. Certains l’ont vu, on prétends mille et une chose sur ce requin qui participe au folklore local.
Conséquences
Tony perd sa femme.
Toute son existence bascule.
L'enquête cesse d'être seulement professionnelle.
Elle devient personnelle.
Attentat n°3 — Le Musée de l'Industrie
Cible
Arsène Gambier.
Ancien président de Gambier Industries.
Lieu
Le Musée de l'Industrie.
Situé à l'entrée de la future Zone des Déchets. Arsène Gambier est devenus le parrain officiel du musée
Motivation
Pour Big Max, Gambier est responsable de la fermeture de nombreuses usines.
Des milliers d'emplois ont disparu.
Des quartiers entiers se sont appauvris.
Il dira un jour :
« Ils disent qu'ils ont fermé des usines. Non. Ils ont fermé des vies. »
Déroulement
Arsène Gambier est assassiné.
Son corps est piégé.
L'explosion détruit une partie du musée.
Le lieu qui devait célébrer la réussite industrielle devient un monument de ruines.
Ce que comprend Tony
Les trois victimes n'ont aucun lien personnel.
Le lien est idéologique.
Entre le troisième et le quatrième attentat
Tony passe des nuits entières à revoir le dossier.
Il accroche les photographies des trois scènes de crime.
Petit à petit...
Il cesse de regarder les victimes.
Il regarde ce qu'elles représentent.
Nature.
Élites.
Travail.
Puis une évidence apparaît.
Il manque un quatrième pilier.
L'État.
Attentat n°4 — La Préfecture
Cible
La Préfecture de Poolaland.
Non pour le bâtiment lui-même.
Mais parce qu'elle accueille cette année-là la Journée de la Reconstruction.
Y sont réunis :
-
le Préfet ;
-
le Maire ;
-
les principaux industriels ;
-
les représentants économiques ;
-
les autorités publiques ;
-
les médias.
Pour Big Max...
Tous les symboles de ce qu'il combat sont enfin réunis.
Le piège
La cérémonie est évacuée discrètement.
Les invités sont mis en sécurité sans provoquer de panique.
Les policiers prennent leur place.
Lorsque Big Max pénètre dans le bâtiment...
Il comprend immédiatement.
Le silence.
L'absence de public.
Les portes qui se referment.
Pour la première fois...
Le chasseur est devenu la proie.
L'arrestation
Après une confrontation avec Tony, Big Max est maîtrisé.
Au moment où Tony lui passe les menottes, Big Max le regarde.
Puis dit calmement :
« Vous croyez vraiment avoir arrêté une idée en passant des menottes à un homme ? »
Tous les policiers y voient une déclaration idéologique.
Tony est le seul à rester troublé.
POOLALAND — Les Mémoriaux des quatres Attentats (version figée)
Philosophie
Après l'arrestation de Big Max, la municipalité de Poolaland refuse que les lieux des attentats deviennent de simples cicatrices urbaines.
Une décision est prise : Chaque site sera transformé en un lieu de mémoire.
Les trois mémoriaux sont dessinés par le même architecte.
Ils partagent tous les mêmes éléments :
-
du sable devant une vague, rappelant la devise de la ville;
-
une structure verticale en acier oxydé rappelant les blessures du passé ;
-
un arbre planté au centre ou à proximité, symbole de renaissance ;
-
une plaque portant les noms des victimes.
Chaque monument possède également un nom propre.
Les habitants parlent rarement des attentats.
Ils disent simplement :
« Je passe devant le Mémorial des Cimes. »
ou
« On se retrouve près du Mémorial des Racines. »
Les mémoriaux sont devenus des repères de la ville.
I — Le Mémorial des Cimes
Emplacement
Quartier Central des Affaires.
À proximité du siège historique de Pasquier Construction.
Il commémore
Le premier attentat.
Laurent Pasquier Senior.
Les employés.
Les visiteurs.
Symbolique
L'acier forme une silhouette évoquant une montagne fracturée.
Au centre pousse un pin.
Une manière de rappeler que la montagne détruite continue de vivre dans la mémoire de la ville.
Une inscription est gravée dans la pierre :
« Aucune ville ne grandit en oubliant ce qui la dépasse. »
II — Le Mémorial des Marées
Emplacement
Face au restaurant reconstruit.
À quelques mètres du grand Aquarium.
Il commémore
Le deuxième attentat.
Sarah Harrington.
Les clients.
Le personnel.
Symbolique
Une grande lame de verre bleu traverse une structure d'acier.
Lorsque le soleil se couche, la lumière se reflète comme une vague.
À proximité, une petite plaque évoque également l'évasion du grand requin blanc, devenu depuis une légende de Poolaland.
L'inscription principale dit :
**« La mer emporte les traces.
Pas les souvenirs. »**
Chaque année, des fleurs sont déposées ici par Tony, discrètement, avant l'aube.
III — Le Mémorial des Racines
Emplacement
Devant le Musée de l'Industrie.
À l'entrée de la Zone des Déchets.
Il commémore
Le troisième attentat.
Arsène Gambier.
Les victimes de l'explosion.
Mais également, de manière plus symbolique, tous les travailleurs touchés par la désindustrialisation.
Symbolique
L'œuvre représente une immense racine métallique sortant du sol.
Une partie semble arrachée.
L'autre continue pourtant de s'enfoncer dans la terre.
L'inscription dit :
« Une ville survit tant que ses racines demeurent vivantes. »
Ce monument est souvent utilisé lors des cérémonies du 1er mai.
IV — Le Mémorial de la République
Emplacement
Sur le parvis de la Préfecture.
À l'endroit où Big Max fut arrêté.
Il commémore
Non pas des victimes — puisque l'attentat a été déjoué — mais le jour où Poolaland a échappé à la catastrophe.
Il rend hommage :
-
aux policiers ;
-
aux secours ;
-
aux citoyens évacués ;
-
à tous ceux qui ont empêché le quatrième attentat.
Symbolique
Une colonne d'acier est volontairement interrompue à mi-hauteur.
Elle n'est pas brisée.
Elle demeure inachevée.
Comme une phrase interrompue avant son dernier mot.
L'inscription est extrêmement sobre :
« Ici, la peur s'est arrêtée. »
Seuls Tony et le public savent que cette phrase est fausse.
La peur ne s'est jamais réellement arrêtée.
Elle s'est simplement endormie pendant dix ans.
Les cérémonies
Chaque année, Poolaland organise une journée de commémoration.
Les autorités déposent une gerbe devant chacun des quatre mémoriaux.
Les écoles participent.
Les médias couvrent l'événement.
La ville affirme ainsi que personne ne sera oublié.
Pour les habitants nés après les attentats, ces cérémonies sont presque devenues une tradition.
Pour ceux qui les ont vécus...
Elles rouvrent une blessure.
Tony Harrington
Tony ne participe jamais aux cérémonies officielles.
Il refuse les discours.
Il refuse les photographes.
En revanche, chaque année, il visite les quatre mémoriaux.
Toujours dans le même ordre.
Les Cimes.
Les Marées.
Les Racines.
La République.
Il ne reste jamais longtemps.
Devant chacun, il observe quelques secondes en silence.
Arrivé devant le quatrième mémorial, il s'arrête davantage.
Il fixe longtemps la colonne inachevée.
Puis murmure, presque pour lui-même :
« Non...
Elle ne s'est jamais arrêtée. »
Et il repart.
C'est probablement le seul habitant de Poolaland qui considère encore ces monuments non comme la fin d'une histoire...
Mais comme le rappel d'une enquête inachevée.
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